Repenser l’accompagnement des personnes âgées

 

Dans la foulée de notre lettre ouverte du mois de juin, gonflés par les retours encourageants que nous avons reçus, nous avons invité les ministres wallons à une réunion de travail destinée à leur faire part de nos réflexions sur l’accompagnement des personnes âgées en Wallonie. C’était le 18 novembre … Pierre-Yves Dermagne, Ministre du Logement, des Pouvoirs locaux et de la Ville, et deux représentants de Christie Morreale, Vice-Présidente et Ministre de l’Emploi, de la Formation, de la Santé, de l’Action sociale, de l’Égalité des chances et des Droits des femmes, Pierre-Yves Lambotte et Jessica Marchal, nous ont accordé une oreille attentive …

 

Et nous leur avons montré, études et témoignages du terrain à l’appui, les difficultés et les incohérences dans lesquelles le système actuel nous plonge … En commençant par la vision : arrêtons de résumer les personnes âgées à des besoins de soins car alors, nous continuons à apporter des réponses médicalisées au vieillissement. Habiter ? Non, être hébergé ! Déménager ? Non, être placé ! Nos pratiques renforcent la dépendance et la blouse blanche confine dans la relation médicalisée.

Pour les personnes âgées et les familles, les lieux de vie dans le grand âge sont une préoccupation importante : où vais-je vivre ? Comment serais-je traité ? Saurais-je assumer financièrement ma dépendance ? L’éventail de lieux de vie dont fait état la littérature est un leurre sur le terrain et les entrées en maison de repos se font encore dans la violence et les non-dits, et pourtant avec résignation et fatalisme de part et d’autre. Que de retours de vexation, d’infantilisation, d’incompréhension de toutes parts ! Psychologues, chercheurs, consultants, formateurs, rapportent unanimement des structures désespérément obsolètes dans leur proposition d’accompagnement et qui correspondront de moins en moins aux générations de seniors dont vous et moi faisons partie.

En matière d’urbanisme, d’architecture, de logement, de politiques fiscales, etc. les constats sont les mêmes : des cases qui empêchent la créativité. Notre modèle est trop normé, les compétences sont trop séparées alors que le vieillissement, c’est transversal ! N’est-il pas temps de penser autrement la politique du vieillissement ? Entre « maintien » à domicile et « placement » en maison de repos, ne pourrions-nous pas, ensemble, imaginer d’autres parcours de vie ? Un autre projet de société ?

Ensemble, nous préconisons, pour que vivre plus longtemps soit ressenti comme une bonne nouvelle pour les adultes âgés, de :

   Faire en sorte que les personnes vieillissantes soient écoutées, entendues et soutenues dans leurs attentes et leurs besoins et qu’on leur donne la possibilité réelle d’être acteur de la société et des décisions qui les concernent ;

 Arrêter d’associer systématiquement vieillissement et dépendance, vieillissement et charge, vieillissement et besoins de soins ;

Séparer le logement et les soins autant que possible ;

 Eviter les déménagements non choisis en soutenant le développement de quartiers solidaires et de services de proximité ;

 Soutenir des maillons, l’innovation, entre la domicile et l’institution, valider ces innovations par des études qui prennent en considération les attentes et les besoins des bénéficiaires ;

 Soutenir la création de services locaux de type lieux de rencontre, maison de quartier, etc., le tout démédicalisé et attrayant ;

 Privilégier la médecine générale de proximité interdisciplinaire et la première ligne de soin, par exemple les centres de santé intégrés ou les maisons médicales élargies ;

 Favoriser la mixité du logement : mixité des âges, mixité sociale, mixité des activités ;

 Créer des lieux de vie à plus petite taille, ouverts sur le quartier et respectueux des rythmes et des choix des personnes qui y vivent ;

Faire profiter les personnes âgées à domicile d’une personne repère, d’une présence, de quelqu’un qui donne accès à une information juste et objective, de quelqu’un qui aide à comprendre le secteur, les réponses possibles, à anticiper peut-être, à faire émerger les besoins et à proposer des réponses adaptées ;

 Soutenir l’accompagnement et la reconnaissance d’un statut pour les aidants proches ;

 Inciter, accompagner, les collectivités locales et les structures existantes à renforcer les liens et à travailler de manière transversale (Communes, PCS, ADL, associations citoyennes, …)

 Avoir une réflexion globale sur la création de nouveaux métiers liés à l’accompagnement spécifique des personnes très âgées, dépendantes ou atteintes de la maladie d’Alzheimer (et maladies apparentées) dont le nombre ne fait que croître ;

 Prendre plus en considération la parole des aînés en réorganisant la fonction consultative dans le secteur, afin de s’assurer de la participation et de la représentativité de tous ;

 Améliorer la formation de tous les métiers liés au vieillissement en y incluant des visions humanistes et ancrées dans les capacités et en focalisant sur la relation plutôt que les actes

 Evaluer les progrès et résultats et valoriser l’exemplarité.